Depuis la fin du 19e siècle, le climat de la Terre s'est modifié. La température moyenne mondiale a augmenté de 0,7 °C, ce qui représente l'un des réchauffements les plus rapides que notre planète ait jamais connus.
On sait maintenant que la majeure partie de cette hausse de la température est due aux activités humaines. D'après le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), publié en 2007, la température moyenne à la surface de la Terre pourrait encore augmenter de 2 à 4,5°C d'ici 2100. Ce réchauffement est majeur si on le compare aux changements climatiques qui ont déjà affecté l'histoire de la Terre. Par exemple, il y a 18 000 ans, alors qu'une couche de glace atteignant jusqu'à trois kilomètres d'épaisseur recouvrait une grande partie de l'hémisphère Nord, il ne faisait en moyenne sur la Terre que 5 °C de moins qu'aujourd'hui.
En 2003, la température moyenne sur la Terre s'est établie à 14,46 °C. C'est la troisième année la plus chaude recensée depuis plus d'un siècle après 1998 et 2002. La dernière décennie est la plus chaude jamais enregistrée par les météorologues.
Les gaz à effet de serre
Les gaz à effet de serre (GES) présents dans l'atmosphère contrôlent en grande partie la température sur la Terre. Comme la vitre d'une serre, ils bloquent le rayonnement solaire réfléchi par la surface terrestre et retiennent ainsi la chaleur. Sans cet effet de serre, la température moyenne sur la Terre serait d'environ -18 °C et la vie telle que nous la connaissons serait impossible.
La vapeur d'eau (H2O), le dioxyde de carbone (CO2 ou gaz carbonique), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) et l'ozone (O3) sont les principaux GES naturellement présents dans l'atmosphère.
Depuis le début de l'ère préindustrielle, vers 1750, l'effet de serre s'est amplifié, car les activités humaines ont engendré une hausse sans précédent des quantités de GES émises dans l'atmosphère. En un temps extrêmement court à l'échelle de la Terre, les concentrations de gaz carbonique dans l'atmosphère ont par exemple augmenté de 35 %, celles de méthane, de 148 % et celles d'oxyde nitreux, de 18 %. L'atmosphère contient également désormais plusieurs GES générés exclusivement par l'activité humaine, comme les hydrocarbures halogénés, dont font partie les chlorofluorocarbones (les CFC) dont l'usage est interdit aujourd'hui.
Tous les GES n'ont pas le même impact sur le réchauffement climatique. Pour simplifier, on exprime toujours les quantités de GES émises dans l'atmosphère en « tonnes équivalent CO2», soit un potentiel de réchauffement planétaire (PRP) équivalant à 1. Ainsi, une tonne de méthane, ou gaz naturel, a un impact 21 fois plus élevé que son équivalent CO2.
Le tableau suivant présente le PRP sur un horizon de 100 ans. Le PRP est une fonction de la capacité de la substance à absorber la radiation ainsi que de sa durée de vie dans l'atmosphère, en comparaison avec le dioxyde de carbone (CO2).
a) Il est impossible de définir une durée de vie unique pour le CO2 en raison des différentes vitesses d'absorption des procédés d'élimination.
b) Cette durée de vie est définie comme une « durée d'ajustement » qui tient compte de l'effet indirect du gaz sur son propre temps de séjour.
L'utilisation massive de combustibles fossiles, tels que le pétrole, le charbon et le gaz naturel pour le transport, le chauffage et l'activité industrielle, génère la majeure partie des émissions de gaz carbonique. Des GES sont aussi émis par les décharges publiques, les rizières, le bétail et les engrais épandus dans les champs.
Des conséquences préoccupantes
Les changements climatiques auront des conséquences importantes sur les écosystèmes comme sur les activités humaines. Localement, la hausse des températures s'est déjà traduite par plusieurs phénomènes tels que le dégel du pergélisol ou la baisse des niveaux d'eau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent. Les experts prévoient par ailleurs que le réchauffement climatique mènera à un plus grand nombre d'événements météorologiques extrêmes comme des tempêtes hivernales plus intenses et des périodes de canicule ou de sécheresse.
Pour la région de Montréal, les épisodes de chaleur accablante sont particulièrement préoccupants. Le nombre de décès associés à la chaleur y a été de 69 en 2003 et pourrait augmenter de 80 % d'ici 2050. Le nombre de jours de canicule à Montréal passerait en moyenne de 13 à 55 par année au cours de la même période.
Des stratégies et des mesures concrètes d'adaptation doivent donc être mises en place dès aujourd'hui. Individuellement, nous avons aussi le devoir de diminuer autant que possible et dès aujourd'hui nos émissions de gaz à effet de serre (GES). De nombreuses solutions existent et il ne reste qu'à les appliquer.
Le protocole de Kyoto
C'est en 1972, à Stockholm, que s'est tenue la toute première Conférence des Nations Unies sur l'environnement. Vingt ans plus tard, le Sommet de la Terre à Rio mettait les enjeux de l'environnement et du développement sous le feu des projecteurs. La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), signée à cette occasion, visait à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l'atmosphère à un niveau qui empêcherait toute perturbation du climat.
En décembre 1997, les pays signataires de cette convention se sont réunis à Kyoto où ils se sont entendus sur un protocole ayant pour objectif de réduire, dans la période allant de 2008 à 2012, les émissions de GES dans 38 pays industrialisés à des quantités inférieures de 5,2 % en moyenne par rapport au niveau de 1990. De plus, un seuil de 55 pays signataires, représentant au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés a été établi pour opérationnaliser sa mise en œuvre. En décembre 2002, le Canada, appuyé notamment par le Québec, a été le 99e pays à ratifier le protocole de Kyoto.
Le protocole de Kyoto est entré en vigueur le 16 février 2005, soit 90 jours après la ratification de la Russie le 16 novembre 2004.
Le contexte québécois
En 2005, les émissions totales de gaz à effet de serre (GES) au Québec se chiffraient à 92 millions de tonnes équivalent CO2. Cela représente 12,3 % des émissions canadiennes et environ 0,3 % des émissions mondiales. Chaque Québécois et Québécoise a donc émis en moyenne 12,1 tonnes de GES pour l'année 2005 contre 23,1 tonnes en moyenne par habitant au Canada.
De 1990 à 2005, les émissions de GES (voir graphique ci-dessus) au Québec ont connu une hausse de 5,2 %. Pendant cette même période, la population québécoise s'est accrue de 8,5 %, son PIB de 39,3 %, et sa consommation d'énergie provenant des combustibles fossiles de 11,3 %. Le gaz carbonique est le principal GES rejeté dans l'atmosphère au Québec avec 77,5 % du total; suivent le méthane avec 12,1 % et l'oxyde nitreux avec 6,4 %. Les secteurs contribuant le plus aux émissions totales de GES en 2005 au Québec sont les transports avec 38,7 % et l'industrie avec 30,7 %.
Au Québec, l'augmentation des GES pourrait se traduire, d'ici 2050, par une hausse des températures pouvant atteindre 5 °C au sud et 9 °C au nord, principalement en hiver.
Le réchauffement des températures mène à la hausse du niveau moyen de la mer. Selon le GIEC (Groupe inter gouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) cette hausse à l’échelle planétaire pourrait atteindre 65 cm d’ici 2100. L’érosion côtière dans l‘estuaire maritime et le golfe du Saint-Laurent devrait s’accélérer en raison d’une modification des niveaux d’eau, du régime des glaces, des tempêtes, des précipitations et des cycles de gels-dégels. Par exemple, la saison pendant laquelle le golfe du Saint-Laurent est gelé sera plus courte, passant de 65 jours à environ 25 jours, exposant ainsi les berges, plus longtemps libres de glace, à une érosion plus importante.
L’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes, tels que le déluge du Saguenay en 1996 ou le grand verglas de l'hiver 1998 dans la région de Montréal, est également à prévoir.
Dès 1992, le Québec s'est investi dans la lutte aux changements climatiques en adhérant à l'objectif et aux principes de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Il s'est alors engagé à exercer sa responsabilité quant à l'application, sur son territoire, de stratégies et de politiques devant mener à l'atteinte des objectifs de la Convention, soit, principalement, de ramener la concentration de ses émissions de GES de l'an 2000 à son niveau de 1990. Par la suite, au printemps de 1995, le Québec a présenté un premier plan d'action de mise en œuvre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
Dans la foulée de son engagement à réduire les GES sur son territoire et conscient de l'importance de l'adaptation au nouveau contexte climatique, le gouvernement du Québec a adopté, à l'automne 2000, le Plan d’action québécois 2000-2002 sur les changements climatiques.
Le 15 juin 2006, le premier ministre du Québec, M. Jean Charest, et le ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, M. Claude Béchard, rendaient public le Plan d’action 2006-2012 sur les changements climatiques.
Ce plan comprend 26 actions concrètes pour réduire ou éviter des émissions de gaz à effet de serre ou pour s’adapter aux changements climatiques dans des secteurs clés tels que l’énergie, les transports, l’industrie, les matières résiduelles et l’agriculture, la santé, l’environnement, les ressources naturelles et le territoire.
Ce troisième plan d’action repose sur quatre principes qui campent une vision cohérente au regard de la lutte contre les changements climatiques :
la prise en charge des responsabilités du Québec dans ses domaines de compétence;
l’efficience économique;
le maintien de la compétitivité des entreprises québécoises;
la complémentarité des interventions.
Le Québec pourra ainsi réduire de 10 millions de tonnes ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012. Le gouvernement fédéral aura quant à lui la responsabilité de financer une réduction additionnelle de 3,8 millions de tonnes pour permettre au Québec d’atteindre la cible fixée par le Protocole de Kyoto.
La mise en œuvre du plan d’action s’appuiera sur de nouvelles ressources de 1,2 milliard de dollars sur six ans, à raison de 200 millions de dollars par année, dont 145 millions proviennent du Fonds vert et seront consacrés au secteur des transports. Le financement sera basé sur le principe de pollueur-payeur, et les entreprises du secteur de l’énergie émettrices de gaz à effet de serre se verront imposer une redevance en raison de l’utilisation d’hydrocarbures.
Le Québec affirme ainsi son leadership en matière de développement durable en Amérique du Nord en se donnant les moyens de réduire ses émissions sous le niveau de 1990.