Les premiers ponts couverts furent construits en Asie et en Europe, principalement en Suisse, et certains datent des XIIe et XIIIe siècles. L'ingénieur Thimothy Palmer, de Newburyport au Massachusetts, construisit en 1797 le premier pont avec poutres triangulées en bois (fermes). Formé de trois travées et d'une longueur totale de 550 pieds (167,63 mètres), ce pont franchissait la rivière Schuylkill à Philadelphie. Connu sous le nom de Permanent Bridge, il fut couvert d'un toit vers 1806 et fut utilisé jusqu'en 1850.
Premier pont couvert en Amérique
Philadelphie USA, au-dessus de la rivière Schuylkill
Mais pourquoi couvrir les ponts d'une toiture? Les nostalgiques apprendront peut-être avec regret que ce n'était pas pour protéger les passants, mais bien pour protéger la structure elle-même. Voyant que les éléments en bois de la structure de M. Palmer se détérioraient rapidement sous l'effet de la pluie, du vent et du soleil, le juge Richard Peters de Philadelphie, président de la «compagnie des ponts», suggéra alors de couvrir le pont d'une toiture semblable à celles des granges ou des bâtiments de l'époque. La plupart des ponts de bois de ce type ou du moins la majorité furent par la suite construits avec un toit.
Un pont en bois qui n'est pas traité contre la pourriture ou qui n'est pas couvert a rarement une durée de vie supérieure à 15 ans. Il peut cependant durer plusieurs décennies si on a pris la précaution de le couvrir. C'est pourquoi on trouve encore aujourd'hui plusieurs ponts de ce type qui datent du siècle dernier. Le plus vieux, celui d'Elgin (Hinchinbrooke) au-dessus de la rivière Châteauguay, près de la frontière américaine, a été construit en 1861. Le pont de Notre-Dame-de-Stanbridge, au-dessus de la rivière aux Brochets, et celui de Cookshire, au-dessus du ruisseau Lambert, ancien lit de la rivière Eaton, furent respectivement construits en 1884 et 1868.
On construisit un certain nombre de ces ponts entre 1873 et 1898, puis encore quelques-uns au début du siècle. C'est en 1958 que le ministère de la Colonisation du Québec construisit, en Abitibi, le dernier pont couvert.
Pont Nord-Est de Grassy Narrow au Témiscamingue
Une des plus belles structures en bois au Québec est sans contredit l'un des deux ponts de Grassy Narrow soit le pont Sud-Ouest. Situés au nord du Témiscamingue, ils furent construits en deux étapes par le ministère de la Colonisation, de 1939 à 1940.
Ces deux ponts servaient à relier une île à la terre ferme (la municipalité de Moffet dans le canton de Beauneville), en franchissant la décharge du lac Simard, entre le lac des Quinze et le lac Simard.
Le premier pont (pont Nord-Est), construit en 1939 est constitué de trois travées d'une longueur totale de 300 pieds (91,44 mètres) et existe toujours. Il repose sur des caissons en bois et sa structure, formée de poutres triangulées en bois a un tablier inférieur et n'a pas de toit.
Pont Sud-Ouest de Grassy Narrow au Témiscamingue avant modification
Pont Sud-Ouest de Grassy Narrow au Témiscamingue après modification
Le second pont (pont Sud-Ouest), le plus imposant des deux construit en 1940, prend lui aussi assise sur des caissons en bois. Sa structure comporte sept travées totalisant 876 pieds (266,99 mètres) de longueur. La travée centrale, constituée d'un pont couvert de 156 pieds (47,55 mètres) de longueur, est précédée et suivie de trois travées d'approche qui ont respectivement 100, 130 et 130 pieds de longueur (soit une travée de 30,48 mètres et deux de 39,62 mètres). Ces travées d'approche sont composées de poutres triangulées en bois sans verticale, à tablier supérieur. Afin de permettre aux bateaux de passer sous le pont pendant la drave, la travée centrale (partie couverte) fut construite à un niveau plus élevé et était donc, par le fait même, exposée aux grands vents.
En 1952, le ministère des Travaux publics, craignant que le pont ne soit emporté par le vent, décida d'enlever la toiture et les lambris du pont. Cette partie du pont fut détruite par un incendie le 18 juillet 1983.
Appelés parfois «ponts rouges», «ponts de crise» ou «ponts de la colonisation», à cause de leur couleur rouge sang et parce que plusieurs furent bâtis au milieu du siècle et pendant la crise, les ponts couverts furent longtemps considérés au Québec comme les meilleurs ouvrages construits en milieu rural pour franchir les cours d'eau. Relativement économiques et faciles à construire avec des matériaux locaux, ils décoraient agréablement les paysages de nos campagnes.
Aujourd'hui, on ne construit plus de ponts couverts sur le réseau routier québécois.